30/10/2022

Charlotte Eli

Co-founder AtlendisLabs

« Il faut que l'ensemble des acteurs se parlent pour avancer et démocratiser progressivement l'accès à la DeFi dans les meilleures conditions. »

Bonjour Charlotte, pourrais-tu s’il te plaît présenter ?

Je suis née à Paris, j’ai fait mes études d'ingénieur à l’EPFL, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ainsi qu'à Telecom ParisTech.

Mon cursus est orienté autour des mathématiques financières et des data sciences.

Puis, j’ai travaillé comme Analyste Quantitatif en finance traditionnelle à Londres et à Paris. J’aimais beaucoup mon job d’un point de vue intellectuel mais je ne me sentais pas en phase avec l’écosystème.

En 2017, j’ai rejoint ConsenSys, avant même qu’on parle de DeFi. Ils cherchaient alors un ingénieur financier. C’est pendant cette phase que je me suis penchée plus précisément sur la blockchain et sa philosophie. J’y ai travaillé sur un premier projet de stable coin, et surtout j’y ai rencontré des gens incroyables dont mes deux futurs associés.

En avril 2021, nous avons lancé Atlendis Labs dont je suis la directrice de la recherche. Nous contribuons au développement d'Atlendis, un protocole de prêts/emprunts.

Qu’est ce qui t’a poussé à t’intéresser au web 3 ? Et pourquoi ?

J’ai adhéré de suite à l’écosystème Web 3, notamment à l’ouverture d’esprit des gens ainsi qu’aux challenges d’un point de vue tech.

La DeFi  est un nouvel écosystème financier qui place l’utilisateur en son centre.

Par opposition à la finance traditionnelle qui est limitée à un cercle restreint et peut sembler opaque, la DeFi est accessible à tous et transparente. Les utilisateurs sont maîtres de leur fonds à tout moment.

Par ailleurs, la DeFi donne l'occasion à ses utilisateurs de contribuer à l'écosystème par le biais de propositions et de votes de gouvernance. Enfin elle est totalement open-source et interopérable ce qui donne des possibilités de création infinies. Tout ça fait écho à mes valeurs.

Tu peux nous expliquer ce qu’est ton rôle d'ingénieur financier en DeFi/Directrice de la recherche ?

Mon rôle est de définir les aspects financiers du protocole : comment un prêt va-t-il se mettre en place ? Quelle est la meilleure manière de définir le taux d'emprunt ? Quelles sont les actions que les utilisateurs peuvent mener sur le protocole ? Comment aligner les intérêts de chacun (...) ?

Concrètement, je contribue au white paper et je définis les spécifications financières du protocole. Je développe également un framework de test en répliquant  le protocole off-chain ce qui me permet de vérifier que les smarts contracts implémentés par les développeurs solidity sont bien en phase avec les spécifications financières. Je fais aussi des analyses a posteriori qui me permettent de monitorer le comportement des utilisateurs et d'améliorer le protocole.

Peux-tu nous raconter Atlendis Labs : la genèse, vision, objectifs ?

Atlendis est un protocole de prêt non collatéralisé destiné aux institutionnels. C’est-à-dire que contrairement à des plateformes comme Aave ou Compound, il n'y a pas de collatéral qui permet de garantir le remboursement.

Ne peuvent donc emprunter sur Atlendis que des entreprises qui sont passées par un processus de scoring réalisé par une ou plusieurs agences de notation externes au protocole. Atlendis n'est pas uniquement réservé aux entreprises du Web3.

À ce stade, nous avons trois types d'emprunteurs : des market makers qui travaillent sur les crypto-actifs, des « exchange décentralisés » (qui sont des acteurs pure cryptos), et enfin un « bridge » entre la DeFi et le monde réel.

Ce bridge a accès à une « pool » de liquidités sur Atlendis qui lui permet ensuite de prêter à des entreprises du monde réel ; les prêts sont ainsi financés en cryptos mais sont ensuite réalisés en monnaies FIAT (fiduciaires).

Comment vous est venue cette idée ? Et comment se compose l'équipe d'Atlendis Labs ?

Il existait déjà des protocoles d’emprunts en DeFi mais pour lesquels il est nécessaire de bloquer du collatéral. Ils permettent de prêter à tous de manière trustless.

Cependant, le fait de devoir bloquer du collatéral limite la capacité d'emprunt et les cas d'usage et donc en un sens, limite l'attractivité de la DeFi par rapport à la TradFi.

Mes associés sont également ingénieurs et étaient tous les deux développeurs Solidity (c’est-à-dire experts du code qui régit les smart contracts). Alexis assure le rôle de CEO et Stéphane de CTO.

Aujourd’hui, nous sommes une équipe de 14 personnes comprenant notamment un Directeur Juridique, CMO, Designer, Biz Dev, Community Manager, et bien sûr des développeurs. Beaucoup d’entre nous sont des anciens de ConsenSys.

Quels sont les enjeux juridiques de ton projet ?

Il y a plein d'enjeux juridiques à la construction d’un protocole décentralisé.

Pour décentraliser la gouvernance du protocole, il est par exemple nécessaire de créer une DAO. À ce jour, il n'existe pas d'outil juridique qui permette de créer une DAO. On doit donc travailler avec les outils existants qui n'ont pas été pensés pour ça.

Par ailleurs, MiCA, le règlement européen qui a pour objectif d’encadrer les acteurs du marché des cryptomonnaies, n'appréhende pas la DeFi à ce stade. De notre compréhension, MiCA 2 le fera.
En attendant, les acteurs du secteur manquent un peu de visibilité et de sécurité juridique.

Quels sont vos objectifs à échelle de 5 ans ?

De devenir une des briques incontournables de la DeFi.

La DeFI fonctionne par brique : tout est open source et interopérable.

Nous ambitionnons de devenir une de ces briques phare, de base, un pilier de la DeFi.

Comment vois-tu la place de la DeFi dans la vie des gens d’ici 5 ans ?

La DeFi a pour vocation de démocratiser l’accès à des outils qui étaient jusque-là réservés à des clients d'établissements bancaires.

L'accès à la DeFi ne nécessite pas de compte en banque et de passer par des processus administratifs lourds et compliqués, il suffit juste d'une connexion internet.

Cependant, il y a un vrai sujet d'éducation, de pédagogie. Il y a beaucoup de jargon propre à la DeFi et les outils ne sont pas faciles à manipuler.

A mon sens, il y a un vrai sujet d’UX en DeFi car aujourd’hui les outils et l’expérience utilisateur restent complexes. Les utilisateurs préféreront toujours une bonne UX à un bon produit.

J'espère bien que d’ici 5 ans on aura progressé sur ces sujets pour pouvoir réellement démocratiser l'accès à la DeFi.

Aujourd’hui, qu’attends-tu des législation européennes à venir sur les sujets DeFi ?

Une sécurité juridique accrue, davantage de visibilité pour les acteurs de la DeFi sans que les législations en cours / à venir soient un frein pour les acteurs qui innovent.

Que dis-tu des critiques à l’encontre du Web 3 ?

Certaines critiques peuvent être constructives.

C’est certain que la DeFi peut comporter des risques, au même titre que la CeFi (ou la finance traditionnelle) peuvent en comporter. Elles offrent juste des services différents et complémentaires qui ont vocation à coexister.

Il faut que tous les acteurs se parlent pour avancer.

Il y a de plus en plus d'initiatives qui font le lien entre la TradFi et la DeFi, je pense que c'est un très bon signe pour l'écosystème.

As-tu un message à faire passer ?

Tout le monde gagnerait à mieux s’approprier la DeFi et à la connaître.

Notre objectif chez WagmiTrends c’est de démocratiser le Web 3 et de décrypter cette révolution numérique : penses-tu que cela soit possible auprès de tous ?

J'en suis convaincue !

Passons aux questions POP : quel est ton bouquin de chevet ?

J’aime beaucoup La Vie Devant Soi de Romain Gary. Il a une manière de décrire les émotions, le rapport à la vie et à la mort qui me touche tout particulièrement.

En ce moment, je lis Checkpoint de Jean Christophe Ruffin.

Ton ou tes Film(s) culte(s) ?

Forest Gump. C’est le même esprit que pour les livres. On suit un personnage et ses réflexions sur la vie, on ressent réellement ce qu'il vit, ça me touche beaucoup.

Ta série crush ?

Pour les séries, je n'ai pas un genre précis. J’aime beaucoup Peaky Blinders, Breaking Bad et The Crown.

Ta playlist ?

J’ai des goûts beaucoup plus éclectiques que je n'ose l'avouer mais j'ai quand même une préférence pour le rock. 

Dans un genre différent, j’ai deux enfants en bas âges et même si j'écoute beaucoup d'autres choses, j’ai régulièrement « l’araignée gypsy » ou « pirouette cacahuète » qui tourne en boucle dans ma tête toute la journée !

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