Doers

19/09/2022

Marjorie Vigne

De serial entrepreneure à Venture capitalist

« La vie c’est pas fait pour s’emmerder. »

Nous avons fait la connaissance de la lumineuse et flamboyante Marjorie Vigne.

Marjorie a parcouru le monde, les pays, les cultures. De ses expériences en découlent une curiosité, une empathie humaine, une vision business et une créativité hors pairs.

Maman d’une petite fille de trois ans, Marjorie nous partage son parcours : de ses études en passant par la création de ses différentes entreprises, son CAP pâtisserie, et son arrivée en tant que VC dans le Web 3.

Marjorie nous livre avec panache, sans filtre, et pleine d’énergie communicative, sa capacité de rebond, sa pugnacité, ses différentes aventures entrepreneuriales et ses difficultés, sa perspective du Web 3 et aussi ses goûts littéraires, cinématographiques et même musicaux.

Préparez-vous à être embarqué-es par une femme talentueuse et inspirante !

Bonne lecture !

Bonjour Marjorie, pourrais-tu s’il te plaît présenter ?

J’ai vécu et grandi dans six pays différents ; éducation à l’américaine, études au Canada puis missions à l’étranger, notamment au Canada, en Chine, Argentine, États-Unis, et en Inde.

J’ai toujours aimé poser seule mes valises pour découvrir une culture de l’intérieur que ce soit pour y travailler ou pour aider.

Très jeune, j'ai été attirée par la voie entrepreneuriale. Je bouillonnais d'idées, il fallait que j'en goûte une 🙂

A 21 ans, j’ai voulu lancer une app réservée aux femmes qui proposait un contenu sélectif des choses à ne pas manquer de la semaine / mois (1 resto, 1 vernissage, 1 film, 1 pièce de théâtre, 1 livre... en fonction de l'actualité).

Grâce à un algo que j'avais développé (aujourd'hui on parlerait de ML), le contenu proposé était personnalisé à mesure de tes choix et celui de ta communauté. Et en plus, un service de conciergerie te permettait de commander des billets, une résa...

Je voulais lever 200-300K€ ce qui était conséquent pour l'époque, surtout en France !

Il faut se remettre dans le contexte, Facebook venait d'arriver. Les investisseurs ne misaient pas sur des jeunes talents comme c'est le cas aujourd'hui. Après pas mal de bâches, j'ai décidé de mettre le projet dans les cartons et de me concentrer sur un autre que j'avais rejoint en parallèle et qui celui-ci me rapportait de l'argent.

C'est comme ça que j'ai co-fondé avec mon associé, Julien, Advideum, une Adtech qui est vite devenue leader de la régie pub vidéo. On s’est très vite développé en bootstrappant ! Au début, Julien était plutôt sur la partie éditeur et RH, et moi la partie agence/annonceur, le marketing, la com, et l'événementiel. On organisait énormément d'événements pour nos clients, je pense que je serai incapable de tenir le rythme aujourd'hui ! Nous avions réussi à attirer une équipe extraordinaire. Fin 2013 on vendait au Groupe Bertelsmann.

A 26 ans, je suis devenue business angel et advisor pour des boîtes dans la tech. Mais j'avais encore le goût d'entreprendre et voulais relever un nouveau défi.

Et comme j’adore prendre un sujet, le défricher, tout apprendre dessus, et me lancer, surtout si tu y rajoutes un challenge technique, alors la, jouissance! Un diplôme en Pâtisserie et une formation en nutrition en poche, j'ai fondé Foucade une « food tech » qui venait bousculer les codes du sucré ! Tout est né d'une grosse passion bouffe, et d'un vécu mixant intolérances alimentaires et régime  sportif. C'est fou l'impact que peut avoir ce que tu ingères 3 à 4 fois par jour que ta santé physique et mentale. C'était ça le message derrière Foucade. Si tu manges des aliments que tu ne supportes pas c’est comme mettre du diesel dans une voiture électrique !

Après une grosse R&D, nous étions arrivées à créer avec ma chef Saori des pâtisseries aux ingrédients 100% naturels et sains, avec une production sensible aux enjeux environnementaux (et des productions de saison), et une composition transparente pour le client. Ça a été une expérience compliquée dont j'ai beaucoup appris. Nous avons pivoté d'une modèle B2C retail à du B2B pour fournir la majorité des palaces et hôtels de luxe en Europe.

Entre temps, j'étais devenue maman et à la suite d'une grossesse compliquée, j'avais décidé de me retirer de l'opérationnel. J'ai cédé le flambeau à Julien mon super COO. Puis il y a eu le covid...

Après un sabbatique, je suis passée de "l'autre côté" comme disent les entrepreneurs et me suis lancée dans nouvelle carrière d'investisseur.

J'ai rejoint un fonds EUR pour lequel j'investissais en série A dans les verticales intech et insurtech.  Passionnée par le web 3, j'ai récemment quitté pour investir pour le compte d'une star du web 3. Nous investissons des tickets de 50K€ à 500 K € en early stage.

Nous réalisons 8 investissements par mois en moyenne dans des industries très variées : des nouvelles mobilités à la transition énergétique au web 3.

Qu’est ce qui t’a poussé à t’intéresser au Web 3 ? Et pourquoi ?

Mon job est d'être à l’écoute du monde et des nouvelles technologies, à l'affût des nouvelles tendances et même d'anticiper quelles seraient les innovations de demain.

Grâce à mes lectures et mon entourage, j’ai observé au début cette révolution naissante, en me disant qu'elle était à l’échelle de l'avènement d'internet.

Je suis également entourée par énormément de "cryptos natives" et d'entrepreneurs du web 3. Ils m'ont tous parlé avec passion de ce qu'il était en train de se passer, ça a boosté ma curiosité et mon envie d'apprendre et de comprendre tous les enjeux et perspectives de ce nouveau monde.

Et je continue d'apprendre tous les jours ; de toute façon, plus tu creuses, plus tu te rends compte que c'est technique et que tu ne connais finalement rien ! Ça force l'humilité !

Pourquoi je m’y intéresse ?

Car c’est une révolution qui va redistribuer les cartes, la valeurs, les rôles, les fonctionnements au sein des entreprises, des Etats, pour les individus.

J'aime le fait que les artistes puissent être « incentivés » tout au long de la vie de leur œuvre.

Je crois aussi que cette technologie va nous permettre de reprendre le contrôle de notre identité digitale et de notre data et que demain ce seront les entreprises qui devront payer pour l'utiliser vs. aujourd'hui où l’on s’en sert sans toujours avoir notre consentement - et pour des fins qui servent leur bilan.

Quels sont tes sujets de prédilection dans le Web 3 ?

Les recherches autour de l’identité, de l'éducation, de DeFi en passant par l'immobilier, l'art et plus généralement la blockchain.

En quoi consiste ton rôle de Venture Partner ?

Sourcer les meilleurs deals pour mon investisseur, les analyser et l'y faire rentrer. Être disponible pour les entrepreneurs que nous "backons", leur mettre à disposition des ressources “on demand”.

Évidemment, je dois également me tenir informée et le représenter à des événements clés de l’écosystème.

Quel type de projet Web 3 soutenez-vous ?

Nous n’avons pas un type de projet Web 3 que l’on soutient. L’idée c’est qu’il soit disruptif, utile, et que l’équipe soit solide.

Il y a aussi beaucoup de projets qui démarrent du Web 2 et qui ont une vision de développement vers le Web 3.

Pourrais-tu stp nous partager la raison qui t'a poussé à co-fonder la NFT Factory ? Quel est son objectif à court et moyen terme ?

Le projet est génial, et l’équipe incroyable ; j’ai vraiment été convaincue et sensible à la vision de la NFT Factory.

Celle de démocratiser les NFT, d’être un lien de rencontres entre celles et ceux qui innovent dans le Web 3 et celles et ceux qui s’intéressent à cette révolution numérique et enfin d’être un point d’ancrage pour les entrepreneurs du Web 3.

Il y a beaucoup de co-founders et tout le monde met la main à la patte en fonction des ses compétences et ressources. Cette gouvernance collaborative est très esprit web 3 finalement 🙂 I like it !

Comment vois-tu la place des NFT dans la vie des gens à échelle de 5 ans ? Dans celle des entreprises ?

Les NFT ne sont qu'à 1% de leur potentiel applicatif !

Aujourd'hui lorsqu'on vous dit NFT,  vous pensez sûrement pfp, art, gaming... mais demain elles seront partout dans notre quotidien et nous le remarqueront même plus comme on ne sait pas (toujours) quelle tech est utilisée pour faire une action courante comme payer par exemple.

Je pense que les NFT ne s'appelleront même plus NFT (ce bel acronyme indigeste comme on les aime tant dans web3 :))

Rappelons que les NFT s'apparentent à un titre de propriété doublé d'un certificat d'authenticité. Elles permettent donc d'identifier, de tracer, de porter entre autres fonctions indispensables dans pléthore de domaines en dehors de la "creators economy" et du gaming : finance, immobilier, sport, retail, pub, restauration, evénementiel, RH, sciences, éducation... Les NFT permettront de gérer des problématiques cruciales de data, de gestion d'identité, de gouvernance... Elles contribuent à nous faire passer de 4 décennies d'un "Internet of information" à un "Internet of Value" comme le décrivent super bien Dan et Alex Tapscott.

Les cartes de la Valeur sont en train d'être redistribuées “thanks to Blockchain technology and NFTs.”

Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui se lance dans le Web 3 ?

Les mêmes que pour une entreprise qui se lance dans le Web 2 : toujours être à la pointe de son sujet.

Dans le Web 3, c’est particulièrement vrai : il faut toujours avoir un coup d’avance car tout va extrêmement vite, et bien sûr, s’amuser, prendre du plaisir dans son travail et interroger les gens qui partagent vos valeurs et avec qui vous aimez passer du temps !

As-tu un message à faire passer ?

OUIIIII les filles, lancez-vous !

Toutes les conférences, événements auxquels je participe sont encore majoritairement masculins. Cette révolution est une opportunité incroyable pour amener plus de diversité et d'inclusion : tous celles et ceux qui sont intéressés, embarquez NOW !

Notre objectif chez WagmiTrends c’est de démocratiser le Web 3 et de décrypter cette révolution numérique : penses-tu que cela soit possible auprès de tous ?

C’est carrément possible, et il le faut !

Tout reste encore très technique : plus tu pèles l'oignon, plus tu te rends compte de la complexité du sujet.

Il faut un Média qui vulgarise les concepts afin que tout le monde puisse comprendre et participer à cette révolution.

Ton bouquin de chevet ?

Dans le cadre de mon club de lecture, nous lisons un livre par mois que nous partageons.

Le dernier en date et par ailleurs que j’ai adoré, c’est celui de Samarcande d’Amin Maalouf qui retrace un voyage en Perse autour d’un personnage central qui s’appelle Omar Khayyam, un célèbre poète, astrologue, scientifique, astronome.

Ton ou tes Film(s) culte(s)

J’en ai deux : Le Cinquième Élément et Avatar.

J’aime le côté symbolique d’Avatar et l’idée notamment que nous soyons tous interconnectés pas seulement entre êtres humains mais aussi à la nature.

Et dans le Cinquième Elément, j’ai adoré le côté futuriste et visionnaire pour l’époque du film : pouvoir changer la couleur de son vernis avec une machine, le petit pois qui se transforme en poulet dans le micro-onde (…). Et évidemment toute la symbolique rattachée à cette quête du 5eme éléments.

Ta playlist ?

J’ai des goûts musicaux très très éclectiques : j’aime autant Juliette Armanet que Saint Motel qu'Elvis Presley, Johnny Cash ou encore Bande Organisée. Sans oublier mes queens : Rihanna, Beyonce, Britney et Celine, of course !

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