Doers

26/06/2022

Yacine Ait Kaci

Founder @ELYX & Ambassadeur digital des Nations Unies

“La révolution du Web 3 est au digital ce que la Renaissance fut à l'imprimerie”

Bonjour Yacine, pourrais-tu stp te présenter ?

e suis diplômé de la première promotion digitale des arts déco de Paris : c’est une école « trans disciplinaire ». J’en ai gardé un côté touche à tout et tout le temps qui fait de moi un éclaireur-chercheur du digital.

Donc très tôt à la fin des années 90, j’ai fait partie de cette première vague des créateurs du digital. En simplifiant, je pourrais dire qu’il y a trois ères du digital, chacune s’étalant sur une décennie.

En 1999, quand j’avais 22 ans, c’était l’époque « multimédia », le passage de l’analogue au digital.

A cette époque, j’ai notamment conçu et designé le DVD-Rom du Louvre, la visite virtuelle, pour Montparnasse Multimédia et la RMN. Cette première phase se poursuit pour moi en 2000, où je co-créée, avec l’architecte Naziha Mestaoui, le collectif Electronic Shadow sur le concept de réalité hybride, entre « réel » et « virtuel », physique et digital, autrement dit le phygital. Fusion du réel et du virtuel, de la réalité et de la fiction, de la lumière et de la matière : on rentrait dans un siècle hybride. Dans ce contexte, en 2003, on invente et brevète le mapping vidéo 3D. Plus concrètement, c’est un système de projections d’images sur des volumes qui sont déformées pour donner vie à une façade, des objets ou une salle par exemple.

En 2011, on entre dans la phase 2, le Web conversationnel ou social, symbolisé par les réseaux sociaux. A ce moment-là, je décide de créer ELYX : entité virtuelle qui tisse un lien entre tous les utilisateurs. L’histoire folle d’ELYX fait qu’il devient une vraie célébrité sur les réseaux sociaux, et qu’en en 2015, il est nommé premier et unique à ce jour Ambassadeur digital des Nations Unies. Parallèlement, il y a une prise de conscience globale sur le climat.

Je suis l’artiste invité de la COP 21, celle qui aboutira aux Accords de Paris. ELYX opère ainsi un lien entre le réel, à travers les Accords de Paris, les médias traditionnels - j’interviens aussi régulièrement sur LCI le samedi matin, et les réseaux sociaux.

En 2018, afin de faire la synthèse de toutes les facettes que le projet embrasse, la Fondation ELYX est créée. Elle mêle Art, Technologie, Innovation, Engagement et Transformation sous le signe des Objectifs de Développement Durable de l'Agenda 2030.

Qu'est ce qui t'a poussé à t'intéresser au Web 3 ? Et pourquoi ?

J’aime prendre position sur ce qui émerge sans vraiment exister encore. J’aime cette prospection active qui m’habite. Je suis toujours en éveil.

En plein confinement, j’explore intensément la réalité virtuelle. J’ai une première expérience avec l’application Spatial. Cette application permettait initialement de faire des réunions de type zooms en VR. J’ai commencé à être très actif au sein de cette communauté pourtant très corpo et donc assez éloigné de mon univers.

Il se trouve que cette période coïncide avec les dix ans d’ELYX. Dans l’impossibilité évidente de monter un événement physique, j’opte pour inventer une formule adaptée à cette période de distanciation physique. C’est ainsi que naît le premier musée virtuel en VR dans Spatial. Ce détournement de technologie était inattendu de la part de l’entreprise qui s’en est nourrit. Elle a depuis changé son modèle et est devenue un acteur incontournable du Web 3 et des espaces virtuels partagés.

Donc le Web 3, j’y suis d’abord arrivé par la réalité immersive, puis les NFT.

Je vois l’avènement du Web 3 et de son corollaire que sont les Metavers comme une possible opportunité pour accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD). Les outils du Web 3 sont sur le point d’opérer un changement systémique dans la société : mode de vie, système de valeur…. Accompagnés et avec toujours en ligne de mire les ODD, ces outils du Web3 peuvent faire basculer la société, les représentations d’abondance du réel au virtuel, en exerçant beaucoup moins de pression sur la planète et le vivant.

Je m’explique : considérer qu’on peut construire et posséder de plus en plus d’actifs sans qu’ils aient une dimension physique, permet de faire co-exister une sobriété matérielle avec une abondance immatérielle, dans un imaginaire partagé et vérifiable. Par exemple, un t.shirt issue de la fast fashion sera carboné avec une espérance de vie courte. Il est un déchet en puissance. Ce même T.shirt dans le metavers est dès sa création un actif en puissance. Il pourra être échangé sans exister physiquement. Bien sûr la question énergétique est essentielle : mais le sens de l’histoire – et désormais à très court terme – appelle à un usage total d’énergie non carbonée.

Brièvement, cette sobriété dans le réel peut être décuplée par une abondance dans le virtuel et la possibilité de faire basculer nos économies vers des modèles bas carbone et créateurs de valeur partagée.

Pour mettre les idées en pratique, nous avons évidemment créé une collection de NFT autour d’ELYX, 1111 ELYX Parallels, des personnages uniques en 3D générés à partir d’ELYX qui sont un véritable passeport pour l’univers d’ELYX. On peut toujours les minter sur www.elyxyak.com

La suite, c’est ELYX island, notre site web conçu comme un véritable espace imaginaire, une île qui flotte dans les nuages, le cloud. C’est la première île d’un Meta-Archipel composé d’îles en devenir. Cette métaphore est une vision ouverte des Metavers dont les limites se repoussent à chaque création avec un basculement qu’on va vivre dans les années qui viennent du web plat aux expériences immersives dans une réalité mixte. Evidemment, ELYX sera de la partie. Il y est déjà et accompagnera tous ceux qui souhaitent tenter le voyage et transformer leur pratique.

Quels sont tes sujets de prédilection dans le Web 3 ?

Les transformations sociétales, à l’art et plus généralement tout ce qui a attrait à l’imaginaire.

On se situe dans une de transformation liée au numérique que l’on peut comparer à celle vécue pendant la Renaissance par rapport à l’imprimerie. En une génération, tout a changé.

C’est pour ça qu’on retrouve autour de la table autant de projets disparates – comme durant la Renaissance – qui réunissent aussi bien des entrepreneurs que des artistes, scientifiques, ou politiques (…)

Cette grande marmite résonne fort avec des objectifs de développement durable qui sont systémiques et transversaux.

Profiter de cette émergence du Web 3 est aussi le fruit de l’histoire pour être au rendez-vous des enjeux gigantesques devant nous : environnementaux, économiques et sociaux, en ne laissant personne de côté.

Et tout ça passe par une transformation culturelle de fond, un nouveau narratif.

Tu as créé ELYX en 2011, pourrais-tu stp partager ton projet : genèse, objectifs, vision ?

ELYX est un media, celui qui me permet de m’adresser littéralement à tout le monde.

Généralement quand on crée un personnage, on le caractérise. Pour ma part, j’ai fait le processus complètement inverse : j’ai cherché une forme la plus universelle possible pour qu’il puisse parler à tout le monde. Le nom d’ELYX fait d’ailleurs référence aux deux chromosomes Y et X et rappelle l’hélice de l’ADN. C’est également une anagramme d’Exil, une identité en mouvement permanent.

Quand le trait d’ELYX s’est stabilisé dans mon esprit, j’ai créé des comptes sociaux à son nom, lui permettant d’être ainsi une personnalité virtuelle. Je le promenais dans le réel, dans une sorte de réalité augmentée low-tech, avec un carnet dans lequel il interagissait dans la réalité d’une photo. Ça a cartonné !! Et l’histoire a été vraiment incroyable, quand j’ai été contacté par les Nations Unies qui voulaient communiquer au-delà des six langues officielles de façon inclusive et auprès des citoyens de 195 pays. C’est ainsi qu’en 2015, ELYX devient le premier ambassadeur digital des Nations Unis.

Le succès d’ELYX réside indéniablement dans son universalité mais aussi sur son sourire, permettant ce langage non verbal et donc venant accentuer l’universalité de son trait.

ELYX est ce trait d’union entre nous toutes et tous.

En 2016, j’écris « Bienvenue dans ton Monde » chez Nathan, un ouvrage de dialogue entre générations autour d’un futur en devenir : Blockchain, AI, réalité virtuelle, changement climatique, tout y est ou presque. L’histoire d’ELYX est un reflet de notre histoire collective.

On pourrait rapprocher l’histoire d’ELYX à celle de Pinocchio. L’un est un pantin de bois manipulé par son papa charpentier et qui devient un petit garçon, l’autre est un dessin sur du papier, qui gagne en notoriété sur les réseaux sociaux et qui un jour gagnera son autonomie vis-à-vis de son créateur digital grâce à l’intelligence artificielle. Cette métaphore annonce le futur d’ELYX.

La notion de métaphore est très importante pour expliquer ce qui arrive, pour rendre compte d’univers en cours de création. On raconte toujours le futur avec les mots du présent, c’est pourquoi les artistes sont aussi importants pour révéler ce qui n’existe pas encore et en attendant les mots nouveaux, les images sont essentielles.

Quels sont les objectifs / missions d'ELYX, de la Fondation et la Société éponymes ?

« Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours ». Peu de monde sait qu’on doit cette citation à Napoléon Bonaparte, et elle résonne beaucoup avec ELYX. Quand le stratège place l’esquisse au cœur de son dessein politique, il illustre le paradoxe d’une arme aussi puissante qu’elle semble inoffensive.

En effet, avec son langage joyeux et universel, ELYX décomplexifie les enjeux et décomplexe tout le monde. ELYX est notre compagnon de voyage vers 2030. Il ouvre la discussion dans les classes, réunions et comités, parlements et ministères, dans la rue comme à la maison !

La Fondation ELYX sous l’égide de la Fondation Bullukian s’associe à tous les acteurs engagés pour le succès des Objectifs de Développement Durable (ODD). Les trois programmes de la Fondation sont autant d’action dans l'Éducation (1OTOGO), la Politique (Plaidoyer) et les Arts pour le succès des ODD.

Le développement durable n’est pas assez rapide pour être au rendez-vous de l’Histoire. C’est pour cela qu’ELYX la Société a fait le choix de la Régénération ! Inclure les ODD dans les indicateurs de performance, créer l’engagement des parties prenantes avec une communication incarnée, créer la mascotte de cet engagement qui se déploie à travers les produits, le bureau ou le metavers… sont autant de levier que nous déployons dans les entreprises pour qu’elles participent au succès de 2030.

Concrètement, comment mesures-tu l'impact des actions que tu mets en place autour des problématiques de développement durable ?

C’est une très bonne question qui est toujours présente à notre esprit car pas évidente à répondre.

ELYX est présent un peu partout depuis 10 ans. La plupart des gens l’ont croisé sans forcément savoir son nom. Il n’y a pas eu de travail de branding, j’étais vraiment dans une démarche artistique et lyrique et pas dans une démarche d’impact en 2014.

La question de la mesure d’impact est venue après, quand j’ai commencé à travailler avec les Nations Unies, mais surtout avec la création de la Fondation, qui a en quelque sorte, rationalisé ma démarche.

La Fondation mesure l’impact par programme, par exemple :

Le programme 1OTOGO est un programme de sensibilisation grand public. Nous publions en moyenne un chapitre par an depuis 2019. Nous distinguons l’impact en distinguant notre campagne de communication et l’usage des contenus par chapitre. Si la première nous permet d’estimer un reach de 45 millions de personnes via une stratégie de communication hybride (comprendre affichage, média, réseaux sociaux, événementiel), l’usage estimé par chapitre est de 5 millions. Ce nombre est atteint par le fait que 1OTOGO soit une ressource pédagogique de premier plan pour les scolaires.

Le programme de Plaidoyer se mesure par nombre d’institutions touchées, la profondeur de l’action menée avec elles et les échos de ces actions. En ce moment, nous travaillons avec le ministère de la Culture et ses établissements culturels sous tutelle pour intégrer les ODD comme boussole de la transformation qu’ils opèrent.

Quels conseils donnerais-tu à une entreprise qui se lance dans le Web 3 ?

Prendre son temps. Il y a un engouement en ce moment, et des personnes qui sont là pour être là. Il faut avoir une vision à plus long terme que cela.

As-tu un message à faire passer ?

Si on se débrouille bien collectivement, on a de bonnes raisons d’être optimistes.

Certes le monde que nous connaîtrons dans 10 ans sera très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui et il faudra s’y adapter. En revoyant profondément notre rapport au monde, aux notions d’accomplissement personnel et collectif, se trace un chemin et des enjeux à court-terme et aussi à long-terme.

Notre objectif chez WagmiTrends c’est de démocratiser le Web 3 et de décrypter cette révolution numérique : penses-tu que cela soit possible auprès de toutes et de tous ?

Non seulement c’est possible, mais c’est aussi l’un de nos objectifs.

Le sens même de Wagmi, c’est d’y amener tout le monde. We All Gonna tout Make It résonne avec le slogan des ODD : ne laisser personne de côté.

Peux tu nous partager ta playlist ?

Ton livre de chevet ?

Utopies réalisables, Yona Friedman

Ton film culte ?

Une série crush ?

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